Enjamber l'horizon

De Poitiers au Pacifique à vélo

Kirov.

Six jours se sont écoulés depuis notre départ de Iaroslavl sous la petite pluie du samedi 1er mai.

Pendant ces six jours, nous n’avons pas bivouaqué une seule fois. La générosité et l’accueil chaleureux des russes ne sont donc pas une légende et se vérifient si bien à travers notre expérience. La curiosité des russes ne nous laisse pas indiffèrent, et nous savons désormais présenter notre périple dans cette langue, en indiquant quelques villes, quelques dates, et quelques moyens de transport. Partout on nous demande d’où l’on vient et où l’on va. Souvent, les personnes à qui nous présentons notre projet hochent légèrement la tête de gauche à droite, pour nous communiquer leur incrédulité. Et ils rajoutent : « daliko ! » (‘c’est loin ! »).

Nous commençons à prendre nos repères dans ce pays et pouvons nous débrouiller à peu près : demander notre route, savoir si il y a un bateau pour traverser le cours d’eau, faire nos courses et acheter notre pain, demander l’hospitalité bien sûr, et poser quelques questions à nos interlocuteurs… Malgré cela, la barrière de la langue se rappelle bien souvent à nous et nous frustre beaucoup, on doit l’avouer. Durant ces six jours à côtoyer des russes quotidiennement, nous n’avons pas échangé ne serait ce qu’un mot en anglais. Ici, les jeunes de notre âge parlent bien plus souvent allemand qu’anglais.

Un après midi, vers 16h, nous nous écartons de la route principale en empruntant une piste boueuse pour parvenir à un petit village où demander de l’eau. Nous rencontrons alors deux hommes en train de bricoler dehors, et une jeune fille qui boit le thé dans la petite pièce d’entrée de la datcha. On discute un peu, et avant de repartir, Nicolai, le propriétaire de la datcha, nous propose un thé. Nous acceptons. Il ouvre aussi une bouteille de vodka, « droujba » (« l’amitié ») oblige. Non content de rencontrer deux français un peu fous à vélo, on continue la discussion, en portant des toasts entrecoupés de petites bouchées de viande sur du pain. Nicolai est gardien de prison et non pas ancien prisonnier, comme Sergeui chez qui nous avions dormi l’avant veille! Autour de la bouteille, il y a Nicolai, son frère, sa fille Ana et un voisin. Lorsque nous avons fini, il nous propose de dormir là, dans la datcha. Avec son frère et sa fille, Nicolai rentre dormir dans une ville voisine où se trouve sa maison principale, et nous laisse seuls, dans sa maison !

Hier soir, tout juste arrivés à Kirov, je demande à un jeune homme, Alexei, où se trouve un hôtel bon marché. Il réfléchit, on discute ensemble cinq minutes, puis il nous conduit chez lui où nous passerons la nuit ! La Russie ne serait elle pas un pays magique ?