Enjamber l'horizon

De Poitiers au Pacifique à vélo

Catégorie : 5 - Russie

7aPoitiers – 27 octobre 2010

Retrouvez ci-dessous une anecdote tirée de nos carnets de voyage et publiée dans le magazine poitevin « 7aPoitiers », paru le 27 octobre 2010.

Retrouvez l’article au format PDF en cliquant ici.

2 nouvelles vidéos de notre passage à Irkoutsk

Voici 2 nouvelles vidéos, issues de reportages TV lors de notre passage à Irkoutsk fin juin

 

 

Traduction du reportage de NTV+

Voici la traduction du reportage de NTV+. Cliquez ici pour (re)voir la vidéo

« Au  moment ou les cyclistes français, juste après que le championnat de Russie est terminé, sont partis pour le très prestigieux Tour de France qui démarre ce samedi, les deux français François Quintard et Alexis Jouvin s’éloignent de leur lignes de départ pour s’enfoncer en Russie. Il y a 4 mois ces étudiants sont partis de leur ville Poitiers sur des vélos tous-terrains. Et aujourd’hui ils sont arrivés à Irkoutsk. De la ville des cathédrales françaises jusqu’à la capitale de l’architecture en bois sibérienne les cyclistes français ont parcouru plus 10000km. Ils ont justifié plusieurs fois le nom de leur parcours « Enjamber l’horizon ». Pourtant il y a encore Oulan-bator mongol à atteindre, mais aussi le but même de l’aventure - la cote pacifique chinoise. «On utilise les cartes en papiers parce qu’en Russie il n’y a pas beaucoup de routes». Dans les bagages qui doivent tenir sur les vélos il n’y a que le stricte nécessaire : les tentes, les sacs de couchage, des vêtements chauds. Pendant tout leur trajet qui passe principalement par la Russie François et Alexis dorment souvent dans la rue. Et pour cela ils choisissent les endroits les plus pittoresques. Tout en roulant les voyageurs mette régulièrement à jour les rapports de leur voyage sur leur site web. « Il y a des gens en France qui suivent notre parcours. Et ils attendent des nouvelles de notre part. Par exemple, dans une des écoles de notre ville il y a toute une classe dont les élèves suivent notre trajet et posent des questions. Nous leur répondons. L’objectif est de montrer que l’on peut réaliser ses rêves» . Les étudiants partagent des idées sur comment on réalise ses rêves avec les habitants de toute les villes où ils passent. Et ces voyageurs chérissaient depuis longtemps le rêve de traverser la moitié du globe et d’atteindre le pacifique. Mais la décision a été prise seulement quand ils ont fait une petite promenade en vélo dans leur propre ville. Avant cette promenade ils n’avaient jamais pédalé. « Je n’ai jamais fait de sport. les 4 mois avant le voyage je les ai passé étudiant devant l’ordinateur. Pour moi l’entrainement était pendant le trajet même ». A Irkoutsk les voyageurs ne partagent pas seulement leur expérience mais ils préparent aussi la partie suivante de leur trajet. Ils ont besoin de remplacer les pneus et les freins sur leurs vélos. François et Alexis comptent  parcourir les 3000 km qui restent jusqu’à Chine avant décembre. C’est là où le rêve sera réalisé : les voyageurs se baigneront dans l’océan pacifique. Evgeniy Malkov pour NTV+ Irkoutsk. « 

Merci Karina !

Irkoutsk

A deux pas du Baikal, la ville d’Irkoutsk nous accueille pour quelques jours. Depuis Novossibirsk et notre dernier article, 19 jours se sont écoulés dont 18 à pédaler. Les kilomètres défilent et le voyage nous mène toujours plus à l’Est.

A Novossibirsk, nous avions rencontré les personnes fréquentant l’Alliance Française ainsi que les membres du club francophone d’Acadiemgorodok.

Nous voyageons en suivant toujours les voies du transsibérien.

Depuis Novossibirsk, nous rencontrons régulièrement d’autres voyageurs. D’abord une rencontre avec ce japonais parcourant à pied la Russie. A raison de 50 kilomètres par jour, cela ne faisait que trois mois qu’il était parti de Kalinigrad avec pour objectif d’aller jusqu’à Vladivostok.

Peu à peu nous sommes rentrés dans un relief plus raide sollicitant nos mollets. De plateaux vallonnés en larges vallées nous sommes parvenus jusqu’à Krasnoyarsk. Nous y sommes restés une  journée et nous avons pu profiter du parc naturel de Stolby, où quelques falaises ont démangé l’âme de grimpeur de François.

On nous avait maintes fois prévenu de la mauvaise qualité de la route entre Krasnoyarsk et Irkoutsk… Sur les 200 premiers kilomètres on se disait « oh ils exagèrent quand même. » Puis quand le goudron s’est arrêté pour laisser place à une piste caillouteuse, on a compris de quoi il s’agissait. Par portion de plusieurs kilomètres la route attend d’être recouverte d’asphalte. De nombreux chantiers nous donnent l’espoir que dans quelques années nos successeurs auront moins de peine. Là, à 36 degrés, la poussière soulevée par les camions se colle à notre sueur. Alternant entre route neuve et piste chaotique nous continuons à croiser des voyageurs tel que le 4×4 climatisé du « Grand raid », le 21 juin, (http://concours.salaunholidays.com/raid-brest-vladivostok/), où quelques bretons se sont embarqués dans un voyage à fin promotionnel.  Mais c’est aussi de bonnes rencontres avec les sibériens toujours aussi chaleureux. Avec Maria, directrice de l’école d’un petit village, la discussion a été interrompue par des vaches qui s’étaient invitées dans son jardin. Ce qui ne l’a pas empêché de braver les barrières de la langue. Dans un village reculé de deux kilomètres de notre route, caché derrière quelques bois, c’est Youri, un homme vivant seul, qui nous a hébergé. Il nous a fait déguster le fruit de sa pêche. Les poissons attrapés dans la rivière proche du village se dégustent crus. Une seule ombre au tableau : nous avons été confronté à l’alcoolisme de jeunes, notre première mauvaise rencontre…

Nous arrivons à Irkoutsk après 5 jours de pluie permanente. Nous franchissons l’Angara, unique exutoire du lac Baikal, et entrons dans le centre de la ville. Dans la rue, les physionomies nous indiquent clairement notre proximité avec la Bouriatie, la Mongolie et la Chine. Les voitures japonaises sont partout avec leur volant à droite.

Nous profitons de notre arrêt ici pour animer une rencontre à l’Alliance Française, entretenir et régler nos vélos, obtenir nos visas pour la Mongolie, répondre aux questions de quelques journalistes et bien sûr visiter la ville. Nous sommes hébergés chez Irina, la mère de Maria. Maria nous aide partout, elle traduit nos interviews et prend goût au métier d’attaché de presse, elle nous trouve la meilleure adresse pour nos vélos et nous balade à travers la ville. Lorsqu’il a fallu envoyer un colis en France elle a passé une heure et demi avec nous pour accomplir les formalités. Et quelles formalités !!! Liste des objets en français et en russe en trois exemplaires, pesée des objets un par un, paquetage dans un grand sac en tissu, couture du sac avec un fil blanc (sinon ça ne passe pas), pesée à nouveau et cachetage à la cire de la couture et enfin paiement. Avez-vous déjà fait de la couture dans une poste vous ???

Visas en poche, nous allons repartir vers les rives du Lac Baïkal puis nous quitterons ce pays au terme de deux mois et demi de découvertes, de partage et de rencontres avec les russes et la Russie. Sans leur gentillesse et leurs efforts nous n’aurions rien fait de ce que nous avons pu faire.

Novossibirsk – Irkoutsk en images

Novossibirsk

Pédaler à travers les vastes plaines de Sibérie… Ça y est c’est fait.

Sous la pluie et sous le soleil, sur de longues routes droites et planes avec les Kamaz (camions) en voisinage, le rêve… non pas tout à fait. Viennent gâcher la contemplation de ces steppes verdoyantes de petits insectes suceurs de sang : les moustiques !!! Nous les avions déjà évoqués mais là, nous avons atteint des proportions que nous ne pouvions pas imaginer. Seule solution pour avoir la tranquillité : avancer !!! Ça tombe bien c’est ce qu’on avait prévu. Mais quand vient le soir, nous montons la tente, car il n’y a pas beaucoup de villages dans ces plaines, et nous dinons en vitesse avant de  nous réfugier dans notre abri. Quel dommage de ne pas profiter des derniers rayons du soleil à cause de ces bestioles. Nous ne parlerons pas des démangeaisons, ce serait se plaindre alors que nous savourons ces heures passées dans la nature.

Nous rencontrons les « propriétaires » de cette route, les routiers. Dans leurs camions, ils vivent sur les routes russes leur seconde vie. Il n’est pas rare de voir des traces européennes sur leurs bâches. Parfois un vieil adhésif   » Périgord… » nous rappelle la gastronomie française le temps d’un dépassement. Les routiers nous posent toujours les questions sur notre itinéraire. Sur la route ce n’est pas cela que nous craignons le plus. D’apprentis pilotes, avec un cerveau moins développé que les chevaux de leurs moteurs, nous dépassent en trombe. En résulte une implantation régulière de stèles fleuries à la mémoire de personnes décédées sur cette route. On nous a dit  » Il y a trois problèmes en Russie, les gens inconscients, les routes et les gens inconscients sur la route ».

Nous sommes arrivés à Novossibirsk avant hier. Accueillis par des membres de l’Alliance Française nous avons été invités à nous rendre à la plage. Si si, il y a une plage en Sibérie. Un barrage forme une étendue d’eau appelée la  » mer » où, lors des beaux jours, les gens viennent s’entasser pour profiter du sable chaud et de l’eau fraiche.

Nous sommes accueillis à Acadiem, sorte de ville des sciences créée à une trentaine de kilomètres du centre au milieu des arbres,  chez Sacha et Alexis. Nous profitons de ces instants pour renouveler quelques pièces de nos vélos et recharger nos batteries. C’est aussi l’occasion d’animer des rencontres avec les francophones de la ville en partenariat avec l’Alliance Française.

Jeudi, nous repartirons vers des paysages plus vallonnés de la Sibérie vers Krasnoyarsk.

Premier message d’Asie !

Nous voila arrivés à Omsk, après de bonnes journées à avancer et à découvrir un peu plus ce pays très intéressant.

Le passage de l’Oural restera dans nos mémoires pour les heures passées à se battre contre un ennemi invisible mais bien présent : le vent de face ! C’est la hantise de tous les cyclistes ! Ajoutez à cela pas mal de pluie et des camions à toutes heures et vous aurez un tableau de ces trois jours difficiles entre Perm et Ekaterinbourg ! Heureusement, l’Oural ne ressemblait, là où nous l’avons franchi, qu’à de petites collines !

Nous nous sommes ensuite arrêtés un peu à Ekaterinbourg, la troisième ville la plus peuplée de Russie où nous étions hébergés par deux jeunes étudiants. La suite de notre parcours nous a conduit a Kourgan, une petite ville (300 000 habitants tout de même), où nous avons rencontré Perrinne et François, deux français qui vivent dans cette ville depuis un an. Ce fut une rencontre très enrichissante !

Il nous aura fallu 6 jours pour relier Kourgan à Omsk. Le temps a été plus agréable et les paysages ont beaucoup changé à mesure que nous nous rapprochions du Kazakhstan. Les plaines de Sibérie laissent ici apercevoir de vastes horizons puisque la forêt a laissé place à d’immenses champs et à une sorte de steppe verdoyante. En Russie, pas loin du Kazakhstan, nous nous imaginions facilement en Mongolie ! Ce temps plus clément nous a permis de bivouaquer à plusieurs reprises dans d’excellentes conditions !  Mais les moustiques s’invitent désormais chaque soir pour nous empêcher de profiter des derniers rayons du soleil. Il faut croire qu’ils aiment dévorer de l’européen !

Les rencontres sont toujours aussi enrichissantes et les anecdotes ne manqueront pas au retour ! Chaque jour réserve de nombreuses surprises et des expériences toujours amusantes, étranges ou intéressantes.

Nous consignons tout ça dans nos têtes et le soir, sur nos cahiers. Nous accumulons tellement de souvenirs en si peu de temps que le temps, justement, semble s’écouler différemment. Il nous semble que nous avons déjà voyager pendant des années !

Nous venons de réparer nos vélos qui laissaient voir quelques traces de fatigues ! Après 7000 kilomètres, les engrenages s’usent, il a fallu changer la chaine et les pignons !

Nous repartirons demain d’Omsk vers Novossibirsk et son Alliance Française où nous séjournerons plus longtemps.

Pour des raisons administratives, notre projet va subir des modifications. Nous sommes contraints  de reporter le tour du lac Baikal à pied. La suite de notre voyage nous mènera jusqu’à Irkoutsk, près du lac Baikal, où nous pensons arriver fin juin. Là bas, nous piquerons au sud pour traverser cet été la Mongolie et la Chine jusqu’à Pékin puis jusqu’au Pacifique.

Nous prenons ces changements avec philosophie et serons toujours aussi contents de vous faire voyager à travers les lignes de nos billets, malgré la frustration de vous conter qu’une infime part  de ce que nous vivons.

L’aventure continue !!!

Pas de vacances pour les enjambeurs d’horizons.  Давай !!!

A propos de Perm

Arrivés à Ekaterinbourg avant hier soir, nous voulons revenir un peu sur notre accueil et notre séjour sous le soleil de Perm.

Nous avons passé trois jours dans cette grande ville d’un million d’habitants, étalée le long de la Kama. Elle est longtemps restée secrète sous le régime communiste, puisqu’on y fabriquait beaucoup d’armes. Perm ne figurait pas sur les cartes et les étrangers ne pouvaient pas y accéder. Aujourd’hui, la ville revêt les traits d’une métropole internationale. Cette cité devient un lieu culturel avec de nombreux festivals. Nous avons été invités à découvrir le skate park de la ville, le plus grand de Russie et un des plus grands d’Europe ! Nous avons visité le musée des beaux arts de la ville, lors de la « nuit des musées ».

Durant cette « pause » nous avons travaillé avec l’Alliance Française de la ville.  Ils nous ont permis d’animer des rencontres. L’une avec des personnes fréquentant l’Alliance Française, une seconde avec les quelques élèves de l’académie de médecine étudiant le français et une dernière sur une des places principales de la ville avec une trentaine de cyclistes. C’est à cette occasion que nous avons rencontré un jeune couple de russes qui s’apprêtaient à partir pour trois mois de vélos en Europe. Nous espérons qu’ils seront aussi bien accueillis que nous l’avons été.

Notre passage à Perm ne sera pas passée inaperçue! Nos journées furent ponctuées de nombreuses interviews. Nous avons ainsi dû répondre aux mêmes questions  que nous ont posées quatre équipes de télévision et deux journalistes de la presse écrite!

Nous remercions l’équipe de l’Alliance Française pour son accueil et son dynamisme, Simon pour son hospitalité, Anita qui a fait une super attache de presse – traductrice, Svieta et Alex pour la balade touristique à vélo,  et le reste des francophones de la ville avec qui nous avons pu échanger. Ces quelques jours ne furent pas très reposants, mais nous garderons un super souvenir de cette ville et de notre passage !

Pour finir, voilà quelques photos :

Iaroslavl Perm en image

Perm

Après la pluie le beau temps… Ici on peut avoir une semaine avec de la neige et la suivante avec de grandes chaleurs.

Entre Kirov et Perm nous avons eu droit à des cieux azurs et un soleil éclatant (27 degrés hier). Nous pouvons dire que « Ça tape ». A tel point que François descendant de son vélo lors d’une pause en haut d’une côte a dit : « Haaa ouai, du milon et du peneau… » Bien sûr il fallait comprendre « du melon et du pineau ». Vapeur d’asphalte ? Rayonnement solaire ? Kilomètres en trop ? Peu importe la cause, comprenez qu’il nous arrive de divaguer sur les mets de notre région et d’en mélanger les lettres.

S’ajoute à cela un retour significatif du relief. Serions-nous sur les contreforts de l’Oural ? Nous avons traversé un grand plateau creusé par de nombreuses vallées, dont celle de la Kama, rivière traversant Perm. On pourrait même parler de « montagnes russes » car descentes et montées se succèdent, aussi raides les unes que les autres.

Le 9 mai, c’était la fête de la Victoire de 1945. Pour les 65 ans, il y a eu un gros tapage médiatique et tout le monde arborait le ruban de Saint Georges, rayé noir et orange. Nous avons pu assister à un concert commémoratif le 8 mai dans un petit village. Les personnes en costumes d’époques se succédaient sur la scène, au fond de laquelle étaient accrochés le marteau et la faucille. On s’y croyait !!! Le lendemain les familles se réunissaient pour aller dans les cimetières rendre hommage aux soldats morts pendant la guerre.

Autre découverte : le bania russe. Nous avions déjà vu la petite cabane avec sa cheminée au fond des jardins mais jamais en fonctionnement. Lorsque l’on rentre dans cette pièce basse de plafond on est écrasé par la chaleur d’un poêle ronflant. C’est un sauna particulier alimenté en bois, la salle de bain rurale russe.

Pour l’heure nous sommes accueillis par l’alliance française où nous allons présenter notre projet aux étudiants. Ensuite nous poursuivrons vers Ekateringbourg sur la route qui sera désormais la seule… celle du transsibérien.