Enjamber l'horizon

De Poitiers au Pacifique à vélo

Catégorie : 7 - Chine

Au bout de la jetée…

Dans la moiteur et la pollution nous nous sommes extirpés de Pékin pour les dernières centaines de kilomètres nous séparant de la côte. Trois jours à pédaler dans la plaine de Chine dans une urbanisation quasi continue pour rejoindre Tianjin et son port, Tanggu. Nous faisons de nouvelles expériences gastronomiques telles que la brochette de têtes de poulets et de nombreux plats épicés sous le regard curieux des autres clients des bouibouis visités. Le 18 nous arrivons à destination. Un port industriel où se dressent comme des monstres de fer les grues chargeant des conteneurs les bateaux du monde entier.

Le 19 au matin, sous la grisaille et une pluie fine, le duo qui était parti de Poitiers le premier mars s’élance dans les rues du port pour aller « au bout »… Dernier slalom entre les camions et travaux. Nous passons une barrière. Derrière nous, un gardien crie et fait signe de s’arrêter. Si près du but, nous continuons en l’écoutant vociférer ! Nous roulons sur un ponton puis sur un quai où sont arrimés des remorqueurs. Stop ! Après c’est la flotte !!! C’est la au milieu des grues et des portes-conteneurs que s’achève notre rêve de traverser ce continent à vélo à la rencontre d’autres cultures. 12921 kilomètres  au compteur pour vous dire qu’on a réalisé notre rêve et qu’on va en réaliser d’autres.

« Pres de 13000 bornes pour finir dans un port industriel… on aurait rêvé une fin plus esthétique mais tant pis ! Allez faut pas trainer on a un bateau pour la Corée dans une heure. »

Et nous voilà déjà repartis. Quelques vingt-cinq heures de bateau et nous voici de l’autre côté de la mer jaune. Ainsi nous amorçons notre retour en prolongeant vers l’Est. Pour l’instant aucun regret, la Corée du Sud se montre très accueillante. Un « collègue » cyclo-voyageur contacté par l’intermédiaire d’autres voyageurs cyclistes croisés en Russie (c’est une grande famille), Jouha, nous promène dans Séoul.

Bien que le projet soit officiellement fini restez attentifs aux prochains articles, nous vous préparons du collector.

Depuis le Gobi… en image.

Quelques photos prises depuis la fin du désert et notre entrée en Chine.

Bientôt la Mer jaune ! Reste a savoir si l’on considère la Mer Jaune comme faisant partie du Pacifique ou comme quelque chose d’indépendant… ? Votre avis nous intéresse !

Pékin !

Changement de pays, changement de décor, changement de culture… nous voilà désormais en Chine ! A moins de 200 kilomètres de notre objectif, nous faisons halte pour quelques jours à Beijing.

Comme le montrent les dernières photos du désert de Gobi, la traversée du sud de la Mongolie s’est révélée quelque peu éprouvante. Dans le désert, sur 450 kilomètres environ, nous pédalions sur des pistes de terres bien trop souvent sableuses et défoncées. Les fortes chaleurs nous obligeant à nous lever très tôt, vers 4h ou 5h pour parcourir les kilomètres avant que le soleil ne brûle trop. Le midi, c’est sous un abri de fortune (voir la photo) que nous essayions péniblement de nous reposer et le soir, nous plantions la tente au hasard, à quelques mètres de la piste très peu fréquentée, au milieu de nulle part.

Le passage de la frontière entre la Mongolie et la Chine nous a obligé à tricher pour la première fois depuis notre départ en montant à bord d’un véhicule motorisé. Impossible de rentrer en Chine à pied ou à vélo ! Pour cette raison, une multitude de petits 4×4 font des aller-retour entre les deux pays pour transporter les voyageurs. Quelques kilomètres n’auront pas été parcourus à vélo. Les caprices de l’administration et de la bureaucratie s’avèrent une fois de plus stupides et insurmontables !

Sitôt la frontière franchie, c’est un autre univers qui s’ouvre à nos regards. Le contraste entre les deux pays est hallucinant. Nous quittons le pays le moins densément peuplé pour rentrer dans l’ »Empire du milieu » et son milliard d’habitants. Ce passage de frontière signifie d’abord pour nous le retour à l’asphalte et à certaines facilités. C’est après quelques petit cols, au bout de deux ou trois jours en Chine que nous quittons enfin ce désert. La végétation devient plus verdoyante, les petits villages de briques se multiplient, les cultures et les champs réapparaissent…

Après avoir quitté la route principale pour des petites routes secondaires, nous arrivons un soir à Shan, une ville relativement importante. Nous nous arrêtons près d’un marché pour faire quelques provisions avant de repartir. Deux minutes suffisent pour qu’une centaine de visages curieux s’approchent de nous pour nous observer attentivement ! Cet attroupement attire constamment de nouveau chinois et pendant les 20 minutes durant lesquelles Alexis et Mado font les courses, François garde les vélos au milieu de cette petite foule qui surveille ses moindres gestes. Pas un ne parle anglais et l’échange se fait surtout par les regards. La police arrive rapidement et la jeune femme qui vérifie nos passeports nous explique que c’est sûrement la première fois que certains voient des étrangers ici. Finalement, nous serons conduits par la police vers un hôtel et nous passerons la soirée en compagnie de cette femme et de son mari qui nous invitent au restaurant. La Chine se révèle ce soir là comme un pays possédant une riche et succulente variété gastronomique. C’est un véritable repas gargantuesque qui nous est offert et auquel, en français qui se respecte, nous ne manquons pas de faire honneur !

A mesure que nous nous rapprochons de la capitale, nous traversons d’immenses villes de moins en moins espacées. Nous roulons sur de larges pistes cyclables qu’empruntent une multitude d’engins à deux roues. La campagne disparait presque dans ces espaces si urbanisés, et il s’avère très difficile de trouver un coin tranquille pour planter la tente. Étant désormais à trois et face à une barrière de la langue et à une quasi impossibilité de se faire comprendre, nous ne demandons plus l’hospitalité et sommes contraints de dormir dans des petites chambres dont disposent certains petits restaurants de bord de route. Comme c’était le cas en Russie, nous partageons un peu l’univers des routiers et camionneurs, fait de bruits de klaxon, de poussière et de petits restaurants pas chers.

Nous passons une journée près de la Muraille de Chine, à une soixantaine de kilomètres de Beijing. Au milieu des montagnes, le mur serpente esthétiquement sur plusieurs kilomètres de versants parfois très abrupts. Après ces montagnes qui nous semblent tropicales, comparées au désert laissé derrière nous, nous sommes désormais dans la grande plaine de Chine, où la chaleur s’accompagne d’humidité.

Nous entrons enfin dans cette immense ville de 17 millions d’habitants ! C’est plus de cinq fois la population de Mongolie qui s’agglutine ici ! Un ciel toujours gris nous surplombe (Peut-on voir du ciel bleu dans des villes si peuplées ?) et une moiteur constante et désagréable nous englobe. Nous venons de visiter dans la même journée l’incroyable cité interdite au cœur du vieux Pékin, et la toute récente cité olympique : un contraste intéressant ! Depuis que nous sommes là, Alexis est malade et fiévreux. Nous allons voir le médecin aujourd’hui et repartirons vers la côte de la Mer Jaune quand tout ira mieux. Le but est à portée de deux jours de route. Nous aurons rejoint la cote Est du continent…