Enjamber l'horizon

De Poitiers au Pacifique à vélo

Mot clé : rencontres

Au bout de la jetée…

Dans la moiteur et la pollution nous nous sommes extirpés de Pékin pour les dernières centaines de kilomètres nous séparant de la côte. Trois jours à pédaler dans la plaine de Chine dans une urbanisation quasi continue pour rejoindre Tianjin et son port, Tanggu. Nous faisons de nouvelles expériences gastronomiques telles que la brochette de têtes de poulets et de nombreux plats épicés sous le regard curieux des autres clients des bouibouis visités. Le 18 nous arrivons à destination. Un port industriel où se dressent comme des monstres de fer les grues chargeant des conteneurs les bateaux du monde entier.

Le 19 au matin, sous la grisaille et une pluie fine, le duo qui était parti de Poitiers le premier mars s’élance dans les rues du port pour aller « au bout »… Dernier slalom entre les camions et travaux. Nous passons une barrière. Derrière nous, un gardien crie et fait signe de s’arrêter. Si près du but, nous continuons en l’écoutant vociférer ! Nous roulons sur un ponton puis sur un quai où sont arrimés des remorqueurs. Stop ! Après c’est la flotte !!! C’est la au milieu des grues et des portes-conteneurs que s’achève notre rêve de traverser ce continent à vélo à la rencontre d’autres cultures. 12921 kilomètres  au compteur pour vous dire qu’on a réalisé notre rêve et qu’on va en réaliser d’autres.

« Pres de 13000 bornes pour finir dans un port industriel… on aurait rêvé une fin plus esthétique mais tant pis ! Allez faut pas trainer on a un bateau pour la Corée dans une heure. »

Et nous voilà déjà repartis. Quelques vingt-cinq heures de bateau et nous voici de l’autre côté de la mer jaune. Ainsi nous amorçons notre retour en prolongeant vers l’Est. Pour l’instant aucun regret, la Corée du Sud se montre très accueillante. Un « collègue » cyclo-voyageur contacté par l’intermédiaire d’autres voyageurs cyclistes croisés en Russie (c’est une grande famille), Jouha, nous promène dans Séoul.

Bien que le projet soit officiellement fini restez attentifs aux prochains articles, nous vous préparons du collector.

Irkoutsk

A deux pas du Baikal, la ville d’Irkoutsk nous accueille pour quelques jours. Depuis Novossibirsk et notre dernier article, 19 jours se sont écoulés dont 18 à pédaler. Les kilomètres défilent et le voyage nous mène toujours plus à l’Est.

A Novossibirsk, nous avions rencontré les personnes fréquentant l’Alliance Française ainsi que les membres du club francophone d’Acadiemgorodok.

Nous voyageons en suivant toujours les voies du transsibérien.

Depuis Novossibirsk, nous rencontrons régulièrement d’autres voyageurs. D’abord une rencontre avec ce japonais parcourant à pied la Russie. A raison de 50 kilomètres par jour, cela ne faisait que trois mois qu’il était parti de Kalinigrad avec pour objectif d’aller jusqu’à Vladivostok.

Peu à peu nous sommes rentrés dans un relief plus raide sollicitant nos mollets. De plateaux vallonnés en larges vallées nous sommes parvenus jusqu’à Krasnoyarsk. Nous y sommes restés une  journée et nous avons pu profiter du parc naturel de Stolby, où quelques falaises ont démangé l’âme de grimpeur de François.

On nous avait maintes fois prévenu de la mauvaise qualité de la route entre Krasnoyarsk et Irkoutsk… Sur les 200 premiers kilomètres on se disait « oh ils exagèrent quand même. » Puis quand le goudron s’est arrêté pour laisser place à une piste caillouteuse, on a compris de quoi il s’agissait. Par portion de plusieurs kilomètres la route attend d’être recouverte d’asphalte. De nombreux chantiers nous donnent l’espoir que dans quelques années nos successeurs auront moins de peine. Là, à 36 degrés, la poussière soulevée par les camions se colle à notre sueur. Alternant entre route neuve et piste chaotique nous continuons à croiser des voyageurs tel que le 4×4 climatisé du « Grand raid », le 21 juin, (http://concours.salaunholidays.com/raid-brest-vladivostok/), où quelques bretons se sont embarqués dans un voyage à fin promotionnel.  Mais c’est aussi de bonnes rencontres avec les sibériens toujours aussi chaleureux. Avec Maria, directrice de l’école d’un petit village, la discussion a été interrompue par des vaches qui s’étaient invitées dans son jardin. Ce qui ne l’a pas empêché de braver les barrières de la langue. Dans un village reculé de deux kilomètres de notre route, caché derrière quelques bois, c’est Youri, un homme vivant seul, qui nous a hébergé. Il nous a fait déguster le fruit de sa pêche. Les poissons attrapés dans la rivière proche du village se dégustent crus. Une seule ombre au tableau : nous avons été confronté à l’alcoolisme de jeunes, notre première mauvaise rencontre…

Nous arrivons à Irkoutsk après 5 jours de pluie permanente. Nous franchissons l’Angara, unique exutoire du lac Baikal, et entrons dans le centre de la ville. Dans la rue, les physionomies nous indiquent clairement notre proximité avec la Bouriatie, la Mongolie et la Chine. Les voitures japonaises sont partout avec leur volant à droite.

Nous profitons de notre arrêt ici pour animer une rencontre à l’Alliance Française, entretenir et régler nos vélos, obtenir nos visas pour la Mongolie, répondre aux questions de quelques journalistes et bien sûr visiter la ville. Nous sommes hébergés chez Irina, la mère de Maria. Maria nous aide partout, elle traduit nos interviews et prend goût au métier d’attaché de presse, elle nous trouve la meilleure adresse pour nos vélos et nous balade à travers la ville. Lorsqu’il a fallu envoyer un colis en France elle a passé une heure et demi avec nous pour accomplir les formalités. Et quelles formalités !!! Liste des objets en français et en russe en trois exemplaires, pesée des objets un par un, paquetage dans un grand sac en tissu, couture du sac avec un fil blanc (sinon ça ne passe pas), pesée à nouveau et cachetage à la cire de la couture et enfin paiement. Avez-vous déjà fait de la couture dans une poste vous ???

Visas en poche, nous allons repartir vers les rives du Lac Baïkal puis nous quitterons ce pays au terme de deux mois et demi de découvertes, de partage et de rencontres avec les russes et la Russie. Sans leur gentillesse et leurs efforts nous n’aurions rien fait de ce que nous avons pu faire.